Sur la critique de la pensée décoloniale. Jean-Marie Harribey. Janvier 2025

« Seriez-vous content de trouver un peuple de tempérament aussi barbare, qu’explosant en atroce violence il ne vous donnerait pas d’abri, vous mettrait le couteau sous la gorge, vous mépriserait comme des chiens et comme si Dieu ne vous avait pas aussi créés, comme si vous n’aviez pas le droit de demander de l’aide, que penseriez-vous d’être ainsi traités ? Ceci est le cas de l’étranger et cela votre gigantesque inhumanité. » William Shakespeare et co-auteurs, Sir Thomas Moore, 1595

Depuis le début du XXIe siècle, les thèses décoloniales, nées en Amérique latine, ont gagné les centres de recherche et universitaires des États-Unis, puis les européens et notamment français. Moins connus cependant en France, les auteurs sud-américains, hispanophones ou lusophones, fondateurs du courant décolonial sont peu à peu découverts et même pour certains traduits, notamment : Anibal Quijano, Enrique Dussel, Walter Mignolo, fondateurs du groupe Modernité/Colonialité », et Ramon Grosfoguel [1].

La problématique principale de ce courant est de défaire l’hégémonie politique et culturelle que le monde occidental a construite au détriment des peuples colonisés depuis 1492, considérée comme la date-clé du démarrage du capitalisme, indissolublement lié au colonialisme et au racisme, et donc à la négation et l’éradication des cultures autres. Le décolonialisme se distingue des pensées anticolonialistes et antiimpérialistes liées aux mouvements de libération au XXe siècle, et aussi de celles dites postcoloniales en réaction aux nouvelles formes de domination après les luttes d’indépendance en Inde, en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie [2], parce qu’il va faire de la critique de la Modernité d’origine européenne le pivot de sa dénonciation.

Un temps confinée aux cercles universitaires et aux débats traversant les sciences sociales, la problématique décoloniale trouve maintenant un écho médiatique parce qu’elle peut se décliner en plusieurs thématiques. L’une d’elles est particulièrement traitée, l’écologie décoloniale, à laquelle le chercheur Malcom Ferdinand [3] a travaillé en France. Et la revue Socialter vient de publier un numéro centré sur l’écologie décoloniale [4].

Au fur et à mesure de sa diffusion en France, des critiques de la théorie décoloniale furent émises, notamment de la part d’historiens comme Pierre Vidal-Naquet, Pierre-André Taguieff, Benjamin Stora, ou de philosophes comme Jean-Loup Amselle [5]. Mais une critique radicale vient d’être publiée en français, provenant du continent latino-américain, celui-là même où est né ce courant. Sous la signature d’un Collectif, il est titré Critique de la raison décoloniale, Une contre révolution intellectuelle (Paris, Éd. L’Échappée, 2024). L’Avant-propos est signé Mikaël Faujour, et le livre rassemble les auteurs dans l’ordre suivant : Pierre Gaussens et Gaya Makaran, Daniel Inclan, Rodrigo Castro Orellana, Bryan Jacob Bonilla Avendano, Martin Cortès, et Andrea Barriga. Plutôt que de présenter chaque auteur et son chapitre [6] dans l’ordre du livre, je regroupe les principales critiques apportées à la pensée décoloniale autour de trois thèmes : la modernité ; l’essentialisation des colonisés et des colonisateurs ; et la méconnaissance de la logique du capital.

1. Remplacer la modernité par la colonialité ?

Dès son « Avant-propos », Mikaël Faujour dresse les grands traits de la pensée décoloniale : « la modernité serait intrinsèquement coloniale » (p. 6-7). Débutée « avec la conquête de l’Amérique, […] elle n’aurait pas pris fin avec les décolonisations de la seconde moitié du XXe siècle » (p. 7).

La raison de la poursuite de la domination est « la relation au savoir et à la connaissance fondée sur les principes d’une rationalité européenne qui condamnerait et détruirait les autres formes de connaissances et de savoirs » (p. 7). Le capitalisme est alors considéré dès sa naissance comme inséparablement colonisateur, dominateur et raciste.

La colonisation ayant été historiquement le fait de l’Europe, celle-ci est identifiée par tous les théoriciens à la modernité et comme un tout monolithique. L’économiste et sociologue Daniel Inclan parle à ce propos d’« inintelligibilité du passé » (p. 71) parce que, dit-il,
« dans les formulations du tournant décolonial, il n’y a pas de place pour penser la dialectique de l’Europe dans les processus colonisateurs, l’Europe y étant au contraire présentée comme une substance maléfique qui se répand à travers le monde » (p. 61-62).

Le philosophe Rodrigo Castro Orellana ajoute deux critiques portées au penseur décolonial Walter Mignolo [7]. D’une part, aucune culture n’est homogène, il vaut mieux
« parler de métissage ou d’hybridité d’un point de vue anthropologique, car un processus de subjectivation mature ne peut être fondé sur une identité autoréférentielle qui exclut le regard de l’Autre » (p. 84).

D’autre part, il n’y a pas de « privilège épistémique » des peuples colonisés pour accéder à la « vérité » de leur condition.

Dans un chapitre consacré à Ramon Grosfoguel, l’un des plus importants théoriciens du décolonialisme, le philosophe Bryan Jacob Bonilla Avendano entreprend de confronter cet auteur aux occidentaux Descartes, Hegel et Marx. Grosfoguel récuse le cogito cartésien dominateur bien que la recherche de la vérité n’appartienne pas à l’Occident. Et Avendano soutient qu’on ne peut trouver chez Hegel l’idée que seul « l’homme blanc hétérosexuel pourrait participer de la production de la conscience et de la raison » (p. 115). Inversement, tout aussi fausse est l’idée défendue par Grosfoguel « qu’il est impossible qu’un auteur écrivant depuis le « Nord » (même au sens symbolique du terme) soit lu et assimilé dans les pays du « Sud », car la théorie du Nord est toujours déjà eurocentrique et raciste » (p. 118).

Selon Avendano, la vision de la symbolique occidentale qu’ont les penseurs décoloniaux est biaisée :
« Tout se passe comme si la capacité de signifier et de symboliser une plante, un tambour ou un canoë était réservée à certaines cultures, tandis que d’autres ne laissent qu’une possibilité aux objets : devenir des marchandises. […] Que la vie soit marchandisée au cœur de la modernité capitaliste est une réalité, et il existe bien un ethos capitaliste qui cherche à dépolitiser les formes symboliques pour les remplacer par ce que Marx appelait la forme-valeur. Cependant, croire que les significations sont prédéterminées dans telle ou telle culture nous paraît dangereux, car cela finit par essentialiser non seulement les cultures non occidentales, mais quiconque ne s’inscrit pas dans une certaine logique épistémique. […] Que les objets se voient constamment donner par les individus de nouvelles significations correspondant à leur vie sociale, ce n’est pas un phénomène qui viserait uniquement les seules cultures non occidentales : c’est le fait de toutes les cultures. » (p. 130-131).

Le philosophe Martin Cortés, dans un chapitre intitulé « Contre l’ontologie de l’origine et de la pureté, Sur Marx, les marxismes et la critique décoloniale », complète cet examen en promouvant une « déracialisation de l’humanité » (p. 138).
« Notre hypothèse sera la suivante : la tendance à éloigner Marx du cœur des démarches critiques, tendance qui se développe avec un relatif succès depuis les années 1980, paraît coïncider avec le moment où nous avons justement le plus besoin de son héritage. C’est pourquoi ce travail, bien qu’il soit en dernier ressort un essai de plus sur les façons de lire Marx en Amérique latine, s’intéresse avant tout au potentiel universel des effets de cette lecture. » (p. 140).

Clairement, comment « l’ambition universaliste du marxisme en tant qu’idéologie européenne » peut-elle saisir « les particularités de la réalité latino-américaine » (p. 150) ? C’est possible car, au sein même de l’Europe, l’hétérogénéité philosophique existe.
« Parmi les évolutions du « dernier Marx », son attention se porte vers la périphérie. C’est en découvrant les luttes politiques qui se déroulent aux frontières du capitalisme développé – principalement en Irlande et en Russie – que Marx lui-même met en garde sur la nécessité de ne pas lire sa théorie comme une philosophie de l’histoire qui serait valable en tout temps et en tout lieu. » (p. 153).

L’auteur cite l’écrivain Jorge Luis Borges qui évoque « les vertus du retard » (p. 158), car « être à la périphérie n’est pas du tout un inconvénient », tandis que l’hypothèse inverse impliquerait « de placer l’Amérique latine dans une salle d’attente de l’Histoire » et serait « un drame pour la question de l’émancipation en tant que telle » (p. 158).

Dans le dernier chapitre de cet ouvrage collectif, la professeure argentine de sciences sociales, politiques et économiques Andrea Barriga consacré à « Anibal Quijano et la colonialité du pouvoir, Quand tout ce qui était solide s’en va en fumée » complète les critiques de la conception la conception de la modernité de Quijano. Loin d’être univoque ladite modernité européenne est traversée de visions très diverses :
« Il faut se souvenir qu’à partir de Kant – dont Quijano ne dit rien –, va se développer tout un éventail de théories de la connaissance très diversifiées. Pour ne parler que de certains des philosophes qui ont contribué au débat, c’est des thèses kantiennes sur la manière dont se constitue la connaissance qu’est née dans un premier temps, chez Hegel, la vision la plus aboutie de l’idéalisme, avant que des auteurs comme Nietzsche, Heidegger ou Foucault n’en fassent la critique. En parallèle, à partir des néo-kantiens et de l’École de Vienne, seront posées les bases de ce qu’on appellera le positivisme, puis, dans les premières décennies du XXe siècle, le positivisme logique. De son côté, le marxisme se défera de ces échafaudages théoriques, en menant une critique vigoureuse de l’idéalisme hégélien, et en proposant une analyse historique des rapports sociaux, où les valeurs prédominantes à chaque moment particulier de l’histoire ont pour base matérielle les relations que nouent les êtres humains les uns avec les autres. Nous voyons ainsi que le panorama est très complexe, et ne peut en rien se réduire à une « épistémè moderne eurocentrique », tout simplement parce qu’il n’existe rien de tel. » (p. 213-214).

2. L’essentialisation des colonisés et des colonisateurs
Le biais culturaliste des penseurs décoloniaux est dénoncé par tous les auteurs de cet ouvrage. Dans l’avant-propos, Faujour émet l’hypothèse que ce biais est peut-être une réaction à l’économisme du marxisme orthodoxe. Mais les décoloniaux ont alors, selon lui,
« abusivement tordu le bâton dans l’autre sens, en attribuant aux discours, aux imaginaires, aux représentations, aux « épistémés », le rôle de forces motrices de l’histoire. L’attention qu’ils portent aux identités, aux spécificités cultuelles et aux « cosmovisions » les conduit à essentialiser et à idéaliser les cultures indigènes et les peuples « non blancs », dans ce qui revient à ressembler à une simple inversion de l’ethnocentrisme d’origine européenne. Cette perspective est d’autant plus problématique qu’elle s’accompagne d’une focalisation sur la « race » – catégorie éminemment ambiguë, même quand elle est manipulée par des universitaires récitant le fameux mantra « la-race-n’est-pas-une-réalité-biologique-mais-une-construction-sociale ». » (p. 14).

Dans le chapitre intitulé « Peau blanche et masques noirs » (qui inverse le titre du livre de Frantz Fanon Peau noire et masques blancs, Paris, Seuil, 1952), le sociologue Pierre Gaussens [8] et l’anthropologue Gaya Makaran entendent se livrer à une « autopsie d’une imposture intellectuelle » (p. 16). En se réclamant de Frantz Fanon, les théoriciens décoloniaux ont commis une « déformation de son legs » (p. 17). Selon Gaussens et Makaran,
« Fanon établit le diagnostic suivant : les efforts du colonisé pour « récupérer » sa propre histoire, sa propre culture, sa spécificité, son langage, etc., sont une étape nécessaire dans sa lutte personnelle et collective pour la dignité et contre l’infériorisation qui lui ont été imposées par le colonisateur. Mais cette étape est insuffisante, et peut même devenir dangereuse si elle n’est pas suivie d’un dépassement de l’essentialisation ainsi que du sentiment de revanche et de supériorité ancrés dans la particularité raciale/ethnique. » (p. 19-20).

On est ici en présence de la critique majeure faite à la pensée décoloniale : l’essentialisation débouche immanquablement vers la prééminence de l’identité culturelle.
« Voilà pourquoi le parti culturaliste d’une « renaissance » est condamné à l’échec tant que la question sociale ne sera pas résolue pour le colonisé. […] Fanon nous avertit que le problème du « Noir » n’est pas le « Blanc », mais « une société capitaliste, colonialiste, accidentellement blanche », qui l’exploite, le racialise pour légitimer sa domination. » (p. 21-22).

Selon les deux auteurs, l’Europe est vue par les décoloniaux également à travers le prisme de l’essentialisation qui « repose toujours sur la transformation d’une partie de l’Europe en son tout » (p. 33), alors que « l’histoire des peuples européens a été marquée et continue d’être marquée par le colonialisme interne » (p. 34). Gaussens et Makaran pointent le fait que, au nom d’une critique du marxisme, par exemple chez Anibal Quijano,
« les études décoloniales remplacent le capitalisme par la modernité, l’accumulation par le développement, la plus-value par le classisme, la classe par la race, le capital par l’Europe, la bourgeoisie par l’Occident, la subalternité par l’altérité, la conscience par l’identité, l’impérialisme par l’eurocentrisme et l’internationalisme par l’interculturalité. […] Les théories décoloniales cèdent ainsi à nouveau à une inversion stérile, sorte de « post-modernisme anti-postmoderne » qui ne fait que révéler les positions sociales dominantes à partir desquelles elles sont énoncées. » (p. 39-41).

L’un des concepts qui fait débat aujourd’hui dans l’anthropologie est celui de « nature » parce qu’il est au cœur de la question écologique. Par exemple, pour l’anthropologue Philippe Descola, « la nature n’existe pas » [9], sauf dans la culture occidentale. Et Avendano note que, pour Grosfoguel, « la notion de nature est en soi eurocentrique, occidentalocentrique, anthropocentrique. » (p. 128). Aussi, il lui rétorque :
« Mais alors (question à laquelle ne répond pas l’auteur), si le mot « nature » n’existe pas dans d’autres cosmogonies, comment les subjectivités sont-elles définies dans ces « autres cultures » ? Si le cœur du problème tient au fait que l’anthropocentrisme a créé un sujet qui s’oppose à la nature pour faire de celle-ci un moyen conforme à certaines fins, cela n’implique pas pour autant que toutes les subjectivités occidentales aient une forme identique. Cela n’implique pas non plus que l’absence du mot « nature » dans ces autres cosmogonies (il faudrait savoir lesquelles) y soit synonyme d’une absence de différenciation entre les humains et la nature. […] Si l’on tient pour vrai qu’il n’y a pas de sujet et que tout est nature, alors nous faisons face à une contradiction niant la condition humaine en tant que telle. » (p. 128-129) [10].

À l’encontre des thèses sur la colonialité, les auteurs de cet ouvrage critique préfèrent une modernité qui serait fondée sur une fécondation des cultures entre elles, ce qui changerait le regard des unes sur les autres. À cet égard, Cortès prend l’exemple de l’anthropophagie :
« L’anthropophagie, c’est-à-dire l’absorption de l’ennemi, était ainsi érigée par Oswald de Andreade [11]en manière de penser la culture latino-américaine. Cet acte de dévoration était cependant très différent du mépris : dans l’anthropophagie, n’est absorbé de l’ennemi que ce qui est utile, le reste est éliminé »(p. 163).

Et il cite ce poète brésilien :
« Nous voulons la Révolution caraïbe. Plus grande que la Révolution française. L’unification de toutes les révoltes efficaces dans le sens de l’homme. Sans nous, l’Europe n’aurait même pas sa propre Déclaration des droits de l’homme. » (p. 163).

3. La méconnaissance de la logique du capital
Dès le début de ce livre critique, Mikaël Faujour donne le ton en citant le propos en 1978 du théoricien révolutionnaire franco-nicaraguayen Raphaël Pallais, proche des idées situationnistes :
« De tous les pouvoirs coloniaux qui ont existé dans l’histoire, le plus grand de tous est le capital. Aucune conquête romaine, aucun empire inca, rien dans le passé de l’humanité ne peut se comparer favorablement avec sa conquête impérialiste de la totalité de la planète ni avec cette insatiable passion de pénétration qui le pousse, au-delà de la Terre même, vers les espaces de la stratosphère et les planètes inconnues. » (p. 15) [12].

On l’a déjà dit, l’une des pierres d’achoppement entre les décoloniaux et leurs critiques porte sur la naissance du capitalisme qui serait intrinsèquement corrélée avec le colonialisme et le racisme. Dans le dernier chapitre de cet ouvrage collectif, Andrea Barriga raconte que, d’abord séduite par le courant de pensée décolonial, elle en fut ensuite complètement désenchantée dès qu’elle creusa le concept de colonialité forgé par Quijano.
« La nouveauté semblait résider dans le fait de prendre en compte la classification raciale dans le cadre de la formation des rapports de pouvoir dans les sociétés actuelles, ainsi que le fait que la discrimination raciale ne s’était pas achevée avec la fin du colonialisme économique et politique, mais qu’elle perdurait sous la forme d’un colonialisme épistémique »(p. 186).

Barriga ne conteste pas le fait de la perpétuation du colonialisme mais elle dénonce « la critique de l’ethnocentrisme européen [qui] finit par friser l’ethnocentrisme latino-américain, qu’on pourrait aussi bien appeler américanocentrisme » puisque « tout est né avec l’Amérique » (p. 188). Elle soutient que les idées et les institutions que les Européens ont introduites en Amérique étaient déjà enracinées en Europe. Et elle reproche à Quijano de mettre dans une balance les souffrances des uns et des autres et « à déterminer quels sont les peuples colonisés qui ont été le plus dépossédés, lorsque la dépossession fait référence à la part immatérielle de la culture. […] Or le domaine des valeurs et celui des sciences doivent être séparés. » (p. 189-190).

Dès lors, Barriga conteste l’idée que 1492 serait la date de naissance du concept de race alors qu’il n’a vu le jour qu’au siècle des Lumières.
« Le terme « Indiens » n’est pas une « invention raciale » ; confrontés à des populations qu’ils ne connaissaient pas, les Européens les ont nommées ainsi en raison de leur situation géographique, puisque les explorateurs croyaient être arrivés en Inde. » (p. 193).

Rappelons aussi que Montesquieu, dans L’Esprit des lois (XV, 5), déconsidère par l’ironie la justification de l’esclavage des « nègres », omniprésente encore au XVIIIe siècle et il fait de même pour l’intolérance religieuse.

Barriga prend soin de préciser qu’elle « ne nie en aucun cas que les Européens arrivés en Amérique aient commis des méfaits en arguant de leur prétendue « supériorité » » (p. 195), mais
« s’il est indéniable que l’arrivée des Européens sur le continent, et tout ce qui est advenu par la suite, est un processus qui a changé le monde de bien des manières, on doit garder à l’esprit qu’aucune institution, qu’aucun rapport social n’a été « inventé » à cette occasion » (p. 198).

Il s’ensuit pour l’auteure que, d’un côté « on [le décolonialisme] idéalise le passé américain en imaginant des sociétés sans conflit » (p. 201), de l’autre on sous-estime la supériorité technologique des Européens pour surévaluer « leur croyance en leur supériorité » (p. 201).

Ainsi, il y a une certaine cohérence dans la pensée décoloniale entre l’essentialisation des humains au-delà donc de leurs conditions de vie, une modernité excluant par définition les connaissances construites au dehors d’elle-même, une domination sur les colonisés qui relèverait d’un ordre culturel mis à distance, sinon détaché, de l’impératif capitaliste d’exploitation. Ce dernier point est crucial : si l’on peut facilement contester le fait que le capitalisme ait inventé l’esclavage parce celui-ci a existé bien avant lui, la discussion naît pour déterminer l’importance du rôle qu’il a joué dans l’explosion du développement capitaliste européen puis états-unien. Par exemple, Alain Bihr [13] a soutenu la thèse selon laquelle c’est par le biais de l’expansion commerciale et coloniale européenne, conduite par des marchands soutenus par les États, qu’a pu s’opérer, en Europe, la transition entre le féodalisme et le capitalisme. Et il confirme que les plantations de canne à sucre, surtout dans les Antilles, puis celles de coton, pratiquant l’esclavage à grande échelle ont eu une grande importance sur l’évolution de la colonisation : l’agriculture latifundiaire fondée sur l’exploitation d’un travail servile valorise le capital agraire et marchand favorisé par l’expansion commerciale et coloniale de l’Europe. Ainsi, la colonisation est reliée à l’accumulation primitive accomplie dans la violence, théorisée par Marx.

Au terme de cet ouvrage sans concessions sur la pensée décoloniale, on peut retenir que les thèmes soulevés portent sur la colonialité comme envers de la modernité en tant que processus culturel et politique de domination promouvant un développement des sociétés linéaire et univoque. Par rapport aux études postcoloniales, les auteurs décoloniaux privilégient la critique de la domination épistémique plutôt que celle d’ordre économique. Ils érigent la race comme critère principal de classification et tiennent celui-ci comme l’élément fondateur du capitalisme. Aussi les discussions soulevées mettent en avant les risques d’essentialisation des catégories de « Noirs » et de « Blancs », euphémisation des « gentils » et des « méchants ». Elles font état aussi des entorses faites par les décoloniaux à l’origine et à l’histoire du capitalisme ainsi qu’à sa logique d’accumulation. Elles s’écartent donc des conceptions antérieures d’anticolonialisme et même de postcolonialisme, pour lesquelles il était précieux de conserver le concept d’humanisme à vocation universelle mais dans un monde pluriel [14].

Si la plupart des critiques à l’endroit des études décoloniales nous paraissent justifiées, il n’en reste pas moins que ces études arrivent à un moment où la crise globale d’un système social à l’échelle mondiale bouscule, sinon fait voler en éclats, les catégories intellectuelles traditionnelles. Décolonialisme, gender studies, subaltern studies, déconstruction, intersectionnalité des rapports de domination… sont des catégories souvent présentées de façon caricaturale dans le débat public, mais elles doivent être prises au sérieux pour pouvoir en dépasser les apories [15]. Sur le plan politique et stratégique, les processus d’émancipation de tous les peuples sont à ce prix. Sur le plan théorique, la ligne de crête à parcourir entre une vision économiciste traditionnelle et une vision culturaliste et identitaire constitue un véritable enjeu pour situer le rapport de classes au sein d’un capitalisme global en crise.

Jean-Marie Harribey
https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/281224/sur-la-critique-de-la-pensee-decoloniale

[1] Pour une présentation des thèses décoloniales : Claude Bourguignon-Rougier, Philippe Colin et Ramon Grosfoguel (dir.), Penser l’envers obscur de la modernité, Une anthologie de la pensée décoloniale latino-américaine, Limoges, PUL, 2014 ; Philippe Colin et Lissel Quiroz, Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine, Paris, Zones/La Découverte, 2023 ; Capucine Boidin, « Études décoloniales et postcoloniales dans les débats français », Cahiers des Amériques latines, 62, 2009, p. 129-140, https://doi.org/10.4000/cal.1620.
[2] L’auteur phare du tiers-mondisme annonçant la critique du postcolonialisme dans les années 1960 est Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Paris, F. Maspero, 1961. Le livre d’Edward Saïd en 1978 L’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 1980, est considéré comme fondateur des études postcoloniales.
[3] Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Penser l’écologie depuis le monde caribéen, Paris, Seuil, 2019 ; S’aimer la Terre, Défaire l’habiter colonial, Paris, Seuil, 2024.
[4] Socialter, « La crise écologique, un héritage colonial ? », n° 66, octobre-novembre 2024.
[5] Jean-Loup Amselle, « La pensée décoloniale en question », Esprit, décembre 2024
https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/jean-loup-amselle/la-pensee-decoloniale-en-question-45647.
[6] Les chapitres de se livre se présentent dans l’ordre suivant :
– Mikaël Faujour : « Avant-propos » ;
– Pierre Gaussens et Gaya Makaran : « Peau blanche et masques noirs, Autopsie d’une imposture intellectuelle » ;
– Daniel Inclan : « L’histoire d’un débat, Le problème de l’intelligibilité du passé » ;
– Ricardo Castro Orellana : « Le côté obscur de la décolonialité, anatomie d’une inflation théorique »
– Bryan Jacob Bonilla Avendano : « Critique de la colonialoté, L’eurocentrisme et l’épistémologie de Ramon Grosfoguel » ;
– Martin Cortés : « Contre l’ontologie de l’origine et de la pureté, Sur Marx, les marxismes et la critique décoloniale » ;
– Andrea Barriga : « Anibal Quijano et la colonialité du pouvoir, Quand tout ce qui était solide s’en va en fumée ».
[7] Orellana précise que ces critiques avaient été formulées par l’historien Ricardo Salvatore.
[8] On peut lire aussi de P. Gaussens, « Les études décoloniales réduisent l’Occident à un ectoplasme destructeur », Entretien avec Youness Bousenna, Le Monde, 26 novembre 2024.
[9] Philippe Descola, « La nature, ça n’existe pas », Reporterre, Propos recueillis par Hervé Kempf, 1er février 2020
https://reporterre.net/Philippe-Descola-La-nature-ca-n-existe-pas
voir aussi du même auteur Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
[10] Pour des compléments sur le rapport société/nature, voir Jean-Marie Harribey, En finir avec le capitalovirus, L’alternative est possible, Paris, Dunod, 2021, chapitre 4 ; et « Pourquoi le concept de capitalocène est-il l’objet de controverses théoriques et épistémologiques ? », Journées d’études d’Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde, 3 au 7 décembre 2024.
[11] Oswald de Andreade était un poète et dramaturge brésilien (1890-1954), auteur du Manifeste anthropophage (1928).
[12] Rafaël Pallais, Incitation à la réfutation du Tiers Monde, Paris, Champ libre, p. 18-19. Cité par Faujour, p. 15.
[13] Alain Bihr, Le premier âge du capitalisme (1415-1763), L’expansion européenne, Paris, Pages 2, Syllepse, 2018. Recension dans Jean-Marie Harribey, « À la naissance du capitalisme, il y eut l’expansion commerciale et coloniale », Les Possibles, n° 19, Hiver 2019,
https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-19-hiver-2019/debats/article/a
–la-naissance-du-capitalisme-il-y-eut-l-expansion-commerciale-et-coloniale.
[14] Voir notamment Dipesh Chakrabarty, Provincialiser l’Europe, La pensée postcoloniale et la différence historique, Paris, Éd. Amsterdam, 2009.
[15] Voir le dossier « Vers la fin de la séparation société/nature ? », Les Possibles, n° 26, Hiver 2020-2021, https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-26-hiver-2020-2021; ainsi que le dossier « Au croissement des différents rapports d’exploitation et de domination », Les Possibles, n° 32, Été 2022,
https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-32-ete-2022 ; Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Christine Mead, Josette Trat, Marielle Topelet, « Pour un féminisme intersectionnel et universaliste », 25 septembre 2021
https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/250921/pour-un-feminisme-intersectionnel-et-universaliste ; Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Josette Trat, « Dépasser le clivage entre féminisme intersectionnel et féminisme universaliste », Les Possibles, n° 32, Été 2022, file:///Users/admin%201/Desktop/lespossibles_3246_8328.pdf ; Jean-Marie Harribey, « L’invisibiliation des classes populaires », Les Possibles, n° 38, Hiver 2024, https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/travail/invisibilisation-classes-populaires.pdf ; « Du travail et de l’exploitation, À propos du livre d’Emmanuel Renault », Les  Possibles, n° 39, Printemps 2024, https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/travail-exploitation.pdf ; « Pourquoi le concept de capitalocène est-il l’objet de controverses théoriques et épistémologiques », Journées d’études d’Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde, 3 au 7 décembre 2024, https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/controverses-capitalocene.pdf.

La compra de Scotiabank pondría a Davivienda de los Cortés entre los 3 bancos más grandes de Colombia. Las 2 orillas. Enero de 2025

El Grupo Bolívar, cuyos accionistas controladores son la familia Cortés, continuan negociando a través de su entidad bancaria Davivienda la compra de la operación para clientes de personas naturales en Colombia de la canadiense Scotiabank. La Superfinanciera en cabeza del peruano César Ferrari habría sido notificada y se está a la espera de recibir la autorización para concretar la venta. El acuerdo también podría incorporar la venta del negocio corporativo, pero este punto aún no está confirmado.

El banco canadiense se estableció inicialmente al país en 2010 como Scotiabank Colombia, pero se consolidó dos años después, cuando adquirió el 51 % del Banco Colpatria, un acuerdo realizado por el empresario bogotano Eduardo Pacheco, cuando este dirigía el negocio familiar a través de Mercantil Colpatria. Posteriormente, en junio de 2013, con el fin de construir una presencia bancaría más fuerte, ambos bancos se fusionaron.

En 2018, los canadienses apostaron por el segmento de personas naturales y adquirieron el negocio de banca personal y pymes de Citibank, sin embargo, Scotiabank Colombia nunca logró despegar por completo en el negocio de banca corporativa.

Desde el año pasado, Scotiabank, el banco más internacional de Canadá, ha venido reestructurando su estrategia global, la cual incluye retirarse de sus operaciones de baja rentabilidad en América Latina para concentrase en los mercados de América del Norte, particularmente en México, Canadá y Estados Unidos.

En el acuerdo de venta, la familia Pacheco, dueña del 43,9 % de Scotiabank, recibiría una prima para compensar el deterioro que sufrió su participación en el banco. Esta no es la única venta de activos que ha realizado recientemente el Grupo Colpatria, el año pasado vendió su participación en Mineros al fondo Sun Valley Investments cuyo director general y socio, es el indio Vikram Sodhi.

La familia Cortés, por su parte, lograría con la compra de Scotiabank consolidarse en el sector financiero

Esta sería la transacción más grande del sector bancario en Colombia en los últimos años, y elevaría al Banco Davivienda a un total de 3,8 millones de tarjetas de crédito, superando a Bancolombia, que hasta ahora mantiene la delantera en este segmento, y lo colocaría entre los tres principales jugadores del mercado financiero colombiano, junto a Bancolombia y Banco de Bogotá.

Campisme et géopolitisation de la société civile africaine. Entre les lignes entre les mots. Janvier 2025

Une tendance à la géopolitisation de la société civile africaine existe, qui repose sur cet entrelacs de passif (néo-)colonial non résolu, de sentiment d’aliénation politique et d’affinités électives avec des puissances alternatives.

Deux courriels qui se suivent dans ma boîte de réception, reçus à deux heures d’intervalle il y a quelques jours. Le premier, un communiqué de presse de l’organisation de la société civile nigérienne Alternative Espaces Citoyens, annonce que son secrétaire général, Moussa Tchangari, enlevé l’avant-veille à son domicile à Niamey par des hommes en civil armés, est retenu en garde à vue dans un service de sécurité pour « apologie du terrorisme ». Le second, le bulletin d’un think tank progressiste – le Tricontinental Institute – rend compte avec enthousiasme de la « Conférence en solidarité avec les peuples du Sahel » tenue dans la même ville de Niamey deux semaines plus tôt, qui visait à manifester un soutien « panafricain » aux pouvoirs militaires de l’Alliance des États du Sahel (Niger, Burkina, Mali). D’un côté, donc, une junte qui arrête un militant progressiste historique, de l’autre, des militants progressistes qui offrent une tribune à cette même junte.

Car Moussa Tchangari n’est pas n’importe qui au Niger. Figure centrale des grandes mobilisations qui rythment l’histoire politique du pays ces trente dernières années, il a animé les manifestations étudiantes pour la démocratisation dans les années 1990, les mobilisations de masse contre la vie chère la décennie suivante, la contestation populaire des tendances antidémocratiques et antisociales du gouvernement Issoufou dans la décennie 2010. Un engagement qui s’est soldé par plusieurs séjours en maison d’arrêt, notamment quatre mois en 2018. La radicalité de ses positions contre un pouvoir soutenu par les pays occidentaux l’avait d’ailleurs rendu non fréquentable aux yeux des diplomates européens. D’autant que l’enjeu de la souveraineté du Niger, notamment sur ses ressources minières, était un axe fort de ses combats, bien des années avant l’inflammation du « sentiment antifrançais » dans la région. Enfin Moussa Tchangari était une des dernières voix critiques restées au pays après le coup d’État du 26 juillet 2023 et l’installation du régime « souverainiste » du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

La rareté d’une voix comme celle de Tchangari s’explique bien sûr par la peur qui s’est emparée de la société civile nigérienne, suite à la série d’arrestations de journalistes ayant osé s’écarter du discours officiel, en particulier sur la réalité des succès de la lutte contre les terroristes djihadistes, socle du discours de légitimation des putschistes [1]. Mais cette modération s’explique aussi par la complaisance d’une bonne partie des leaders de la société civile nigérienne à l’égard du pouvoir militaire. Comme l’expliquait Azizou Abdoul Garba il y a quelques mois, le Niger offre le spectacle étonnant « d’une société civile qui soutient inconditionnellement la junte militaire. Certains de ses acteurs, connus pour leur engagement en faveur de la démocratie, ont paradoxalement décidé de lui apporter leur soutien en dépit du démantèlement des institutions » [2].

Les plus motivés avaient constitué en août 2022 le mouvement « M62 », rassemblement d’une quinzaine d’organisations de la société civile qui avait organisé des manifestations dans le centre de Niamey pour exiger le départ de l’opération militaire française (Barkhane) contre le djihadisme au Sahel. Les principaux animateurs du M62 avaient par la suite mis leur pouvoir de mobilisation au service des putschistes dans le contexte du rapport de force qui s’était installé entre ces derniers d’une part et la France et la CEDEAO d’autre part, réussissant à rassembler des milliers de Nigériens dans des démonstrations de soutien populaire à la décision des nouvelles autorités d’expulser les soldats français. La contribution des leaders de la société civile à la légitimation du nouveau régime n’a pas seulement pris des formes aussi directes et explicites. Elle s’est faite aussi de manière plus subtile, à travers la reprise des éléments de langage autour de la « refondation » en cours du Niger.

Cette adhésion plus ou moins assumée au nouveau cours autoritaire des choses par des « partenaires » financés depuis des années, voire des décennies, à des fins de promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et des droits humains a dérouté bien des ONG européennes. Le comble de l’incompréhension a sans doute été atteint face à l’attitude du représentant nigérien de la coalition internationale « Tournons la page », réseau d’ONG africaines et européennes menant des actions et campagnes contre les tentatives des présidents africains de s’éterniser au pouvoir en manipulant les institutions. Ce même militant qui coordonnait en juin 2022 un rapport sur « l’extinction de l’espace civique » au Niger durant les années Issoufou (2011-2021), au cours desquelles le respect des libertés publiques avait effectivement gravement régressé, est désormais un des chantres les plus bruyants d’un régime dans le cadre duquel « les droits humains sont en chute libre » [3].

Si le positionnement de la société civile nigérienne découle de ses spécificités – sa « faiblesse structurelle » pour paraphraser Abdoul Garba –, il s’inscrit dans une conjoncture idéologique régionale de dévaluation du modèle démocratique de gouvernement de la société. Ainsi l’enquête menée par Tournons la page et Science Po-CERI auprès d’environ 500 militants associatifs et syndicaux de six pays africains francophones révèle que moins de la moitié des activistes estime que la démocratie est préférable à toute autre forme de gouvernement, tandis que 61% considèrent qu’un gouvernement efficace est préférable à un gouvernement démocratique. Une « fatigue démocratique » qui se vérifie, quoique dans une moindre mesure, dans les grandes enquêtes couvrant également les pays anglophones du continent. Les déterminants de ce désenchantement sont pluriels et varient d’un pays à l’autre, mais reposent très largement sur l’expérience concrète d’une « démocratie » systématiquement dévoyée par une oligarchie politique corrompue, au détriment de la souveraineté nationale, du développement, de la sécurité. [4]

La France et les pays occidentaux en général apparaissent comme compromis dans ces échecs démocratiques. D’une part, car les modèles institutionnels implantés sur le continent depuis les années 1990 sont de plus en plus considérés comme des produits importés d’Occident, souvent par conditionnalités interposées, qui dysfonctionnent parce qu’ils sont exogènes, incompatibles avec les réalités sociopolitiques locales. D’autre part, car les gouvernements occidentaux ont trop souvent validé les démocraties de façade, dès lors que celles-ci favorisaient leur accès aux ressources naturelles, aux marchés publics ou aux emprises militaires, donnant l’impression d’une poursuite de la présence coloniale par d’autres moyens, en particulier dans les ex-colonies françaises. Sur ces deux plans, Vladimir Poutine apparaît comme une alternative, un contrepoint vierge de compromission néocoloniale, en résistance contre l’hégémonie occidentale, plus fiable sur le plan sécuritaire et respectueux des souverainetés africaines, projetant l’image d’une « conception musculaire du pouvoir et du virilisme politique » en vogue dans de larges fractions de la jeunesse africaine. [5]

Une tendance à la géopolitisation de la société civile africaine existe donc, qui repose sur cet entrelacs de passif (néo-)colonial non résolu, de sentiment d’aliénation politique et d’affinités électives avec des puissances alternatives. Elle est parallèlement alimentée par un travail de cadrage (soit de construction et diffusion de narratifs), qui diabolise le rôle de l’Occident en Afrique, par des entrepreneurs d’influence locaux ou externes au service des politiques étrangères de la Russie et de la Chine. Non pas que l’existence de mécanismes néocoloniaux soit une vue de l’esprit, bien entendu [6], mais ces relais d’influence s’emploient à les caricaturer, voire à les inventer, souvent à grand renfort de théories du complot [7], tout en euphémisant les facteurs politiques internes de la dépendance et en idéalisant les impérialismes concurrents.

La Conférence en solidarité avec les peuples du Sahel évoquée en début d’article est une déclinaison parmi d’autres de ces dispositifs de propagande. Le fait que l’« Assemblée mondiale des peuples » compte parmi les promoteurs de l’événement, l’inscrit par ailleurs dans une démarche beaucoup plus large de géopolitisation des sociétés civiles. Cette organisation est effectivement une branche d’une entreprise internationale de mobilisation des organisations populaires du Sud global en faveur des intérêts et de la vision de la politique étrangère chinoise [8]. Contrairement à ce que le titre de cette conférence suggère, et à l’instar d’autres initiatives anti-impérialistes « campistes » [9], ce ne sont justement pas les « peuples » qui importent aux organisateurs de l’événement – en l’occurrence le recul de l’insécurité djihadiste et de la pauvreté au Sahel ou la promotion des droits sociaux et politiques – mais bien la survie des régimes ayant rejoint le camp des empires anti-occidentaux.

Notes
[1] Amnesty International, « Niger : La liberté de la presse en péril avec l’intimidation et l’arrestation de journalistes travaillant sur le conflit », 3 mai 2024.
[2] Azizou Garba, « Niger : la société civile contre la démocratie ? ».
[3] Human Rights Watch, « Niger : Les droits humains en chute libre un an après le coup d’État », communiqué de presse, 25 juillet 2024.
[4] Afrobarometer, Aperçus africains 2024. La démocratie en danger – le point de vue du peuple, 2024 ; Ichamily Foundation, African Youth Survey, 2024.
[5] Jean-François Bayart, L’Afrique au diapason de Vladimir Poutine ?, 21 septembre 2022,
https://aoc.media/analyse/2022/09/20/lafrique-au-diapason-de-vladimir-poutine/.
[6] CETRI, Anticolonialismes, Paris, Syllepse, Collection « Alternatives Sud ».
[7] Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Le rejet de la France au Sahel : mille et une raisons ? », L’enchevêtrement des crises au Sahel, Paris, Kartala, 2021.
[8] Voir l’article documenté d’Alexander Reid Ross et de Courtney Dobson dans le magazine New Lines (18 janvier 2022) sur la nébuleuse d’organisations financées par un milliardaire états-unien prochinois pour (entre autres) disséminer un narratif mettant en doute la réalité des persécutions subies par les Ouigours.
https://newlinesmag.com/reportage/the-big-business-of-uyghur-genocide-denial/.
[9] Campisme dont la manifestation la plus criante est la bienveillance à l’égard des « Pinochet arabes », comme le ci-devant Bachar el-Assad, dès lors qu’ils manient une rhétorique anti-occidentale.

François Polet
https://www.cetri.be/Campisme-et-geopolitisation-de-la

Nuevos retos tras la crisis de seguridad. Enero de 2025. LPG

Cada cierto tiempo se informa de la detención de personas acusadas de pertenecer a la pandilla; no es intermitente sino una suerte de patrón de publicaciones sociales con el propósito de mantener el asunto en la agenda. ¿Qué asunto? El del peligro que representan los eventuales remanentes de esa mafia y la necesidad de mantener vigente el régimen de excepción, la militarización del espacio y de la seguridad pública.
En ese sentido, valga decir que el gobierno es víctima de su propio éxito, el de su manejo de la agresión terrorista de hace dos años y medio, el de la recuperación del control territorial y el del modo en que administró la narrativa: la suma de esos tres sucesos, el operativo, el social y el comunicacional dieron como resultado que la población ya no le tema a la pandilla y la considere el pasado.
El fin de semana homicida de marzo de 2022 representó el clímax del terror de la nación ante los delincuentes; ese miedo cultivado durante la última década y la respuesta punitiva de la institucionalidad se conjugaron para valerle al gobierno y a su cúpula la popularidad de la que gozó al final del quinquenio. Es que a diferencia de otros países en los que un régimen debió inventarse enemigos para cultivar entre su gente una falsa idea de seguridad que justificara los excesos autoritarios, en El Salvador la amenaza fue real y se constituyó en una suerte de estado dentro del Estado, con sus propias reglas, voceros, códigos y territorios.
En otros países, el peligro es diseñado políticamente para despertar temor y cosechar en él; en El Salvador, la victimización fue real, sostenida, y al reaccionar con toda su fuerza, al recuperar el monopolio de la violencia sin matices y a plena luz del día, el gobierno triunfó en los tres órdenes apuntados: en el militar policial, en el vínculo con buena parte de la sociedad y en el propagandístico. El saldo directo de esa victoria fue que por primera vez en muchos años, la ciudadanía dio por satisfecha una, cualquiera de las demandas sin solución sufridas durante años; no es poca cosa a efectos oficiales pues la capacidad del sistema para brindar respuestas es el modo más eficaz y orgánico de regular el grado de descontento de la población.
Por eso no se equivocan quienes creen que los dos anteriores fueron los años más dulces en la relación de la cúpula con la nación, porque el ciudadano además de conforme se sintió en deuda con el gobierno; de esa sensación se derivó una lealtad que le permitió al oficialismo capitalizar y procesar ciertas expectativas mientras desoyó otras igual de importantes como la del respeto a los derechos humanos, la crisis económica, la contención e investigación de la corrupción, etc.
El mismo presidente, al pasar revista al Ejército en septiembre pasado, se refirió a la crisis de seguridad en pretérito. Abrió de inmediato a todos los efectos una nueva etapa en la que los retos son distintos, en la que dando por consumada la guerra contra la pandilla, la estabilidad del sistema político vuelve a depender de la funcionalidad, es decir de qué tan útil y satisfactoria es la relación entre la clase política y el colectivo social, sus actores, sus grupos de presión.
Las asignaturas pendientes son abrumadoras, el gobierno tiene que ser creativo y corregir sus peores hábitos; algunos en la cúpula consideran más recomendable atrincherarse pronto, transformar las demandas de la gente en discursos emotivos que la mantengan entretenida aunque no resuelvan nada, y neutralizar a los grupos de poder valiéndose de la popularidad y la fuerza. ¿Qué camino recorrerá la administración?

Realizan primera entrevista a Movimiento Cultural Salvadoreño “Prometeo Liberado”

SAN SALVADOR, 3 de enero de 2025 (SIEP) “Nuestros esfuerzos como movimiento están dirigidos hacia la emancipación cultural en nuestra patria…” indicó Guillermo Campos, en entrevista con el periodista Luis Galdámez, de la revista Espacios, en la que también participaron Ivis Barrera, Roberto Pineda y Dimas Castellón.

Agregó Campos que “cultura viene de cultivo, y el desafío que asumimos como movimiento es el de cultivar, fortalecer y promover el rescate y la defensa de las diversas expresiones de nuestra identidad cultural…”

Por su parte, Barrera  explicó que “este es un esfuerzo por darle vida a un espacio de amistad y de apoyo, de solidaridad entre el gremio artístico, de promover nuestros valores literarios, históricos, de la pintura, escultura, danza, teatro, arquitectura, etc.”

Pineda subrayó que “existe una cultura oficial desde el estado y sus instituciones, y una cultura alternativa que surge desde la sociedad civil, y que refleja los sueños y anhelos de los sectores populares, su imaginario cultural…”

Finalmente, Castellón opinó que “hay una crisis en la cultura oficial, y el cierre de las Casas de la Cultura,  afecta y debilita fuertemente el desarrollo cultural de nuestro país, por lo que es una medida que debería ser rectificada.”

En el Manifiesto de fundación de este movimiento se rinde homenaje  a “Chicho y su Ulalio U, a los escritores de la Generación Comprometida, Manlio Argueta, el Pichón José Roberto Cea y Alfonso Quijada Urías.”

Tiempos difíciles: hitos y tendencias que marcaron el 2024 latinoamericano y caribeño (I). Lautaro Rivara. Diciembre 2024.

Toda síntesis de la extensa, contradictoria y no siempre sincrónica región latinoamericana y caribeña debe adolecer, necesariamente, de los inevitables pecados de la arbitrariedad y la simplificación. Sin embargo, un reducido itinerario por algunos de los hechos y tendencias más sobresalientes del año que se va puede dar indicios de la orientación general de una región que solo puede ser comprendida como una unidad histórica y geopolítica.

El estancamiento económico de la región

Según la CEPAL, el 2024 redondeó casi un decenio de estancamiento económico generalizado en América Latina y el Caribe. Ni conservadores ni progresistas, ni propios ni extraños, ni tirios ni troyanos, pudieron en ningún caso alardear de tasas de crecimiento excesivamente altas o de indicadores económicos lo suficientemente estables o promisorios.

Entre los casos más sobresalientes, encontramos economías altamente desiguales, concentradas y dependientes de los servicios logísticos, financieros y turísticos internacionales como República Dominicana y Panamá. O casos totalmente excepcionales como el de Guyana, que en el último bienio rompió todas las métricas tras el descubrimiento de grandes yacimientos hidrocarburíferos en la región del Esequibo, que se encuentra en litigio con la vecina Venezuela. Positivos fueron también los indicadores de crecimiento en países con gobiernos progresistas o de izquierda como México (en clave de estabilidad y previsibilidad) y Venezuela (en clave de recuperación respecto del punto más álgido de las medidas coercitivas unilaterales), pero en ambos casos con una alta incidencia de las remesas, las “maquilas” y las “zonas económica especiales”. Como sea, estos desempeños se encuentran muy lejanos de los de grandes potencias emergentes como China, la India, Turquía o Indonesia.

Pero si las causas de los muy relativos “éxitos” macroeconómicos son poco evidentes o difícilmente imputables a tal o cual modelo o liderazgo, no sucede lo mismo con los incontestables fracasos de los países que dan patadas de ahogado al fondo de la tabla: tanto la Argentina anarco-capitalista de Javier Milei y su «Ley Bases» como el Haití dominado por grupos paramilitares (ambos con los mayores récords recesivos) aparecen como una consecuencia explícita de una suerte de post-estatalidad salvaje y de una nueva gobernabilidad de tipo madmaxiana.

La década de la contraofensiva regional conservadora, pero también los primeros años de la “segunda ola progresista”, no lograron rebasar un cuadro generalizado de estancamiento que viene a demostrar que la región nunca superó del todo la gran crisis económica de 2008 ni mucho menos la pandemia del Covid-19. Ciclos políticos breves con una gran alternancia ideológica se sobreimprimen sobre ciclos económicos chatos, de bajo crecimiento, amesetamiento de las exportaciones, escasa inversión, condiciones financieras internacionales adversas y una todavía alta inflación. Frente a un mundo volátil, la economía latinoamericana y caribeña permaneció este año, periférica y dependiente, en estado de crisis casi permanente.

Las cumbres de la CPAC y la consolidación de la «internacional reaccionaria»

Las nuevas derechas radicales rinden culto a una frase acuñada por la narrativa apocalíptica del escritor estadounidense G. Michael Hopf: “los tiempos difíciles crean hombres fuertes”. En efecto, fuertes (y también inclementes) han sido los gobiernos ultraderechistas de Nayib Bukele en El Salvador, Javier Milei en la Argentina y Daniel Noboa en Ecuador, principales abanderados del giro conservador en la región. Medidas económicas draconianas, países “atendidos por sus propios dueños”, liderazgos autoritarios con toques carismáticos y políticas de seguridad altamente punitivas han sido sus marcas de identidad. Con acaso menor conocimiento y encanto, tendencias similares se han verificado también en Panamá, República Dominicana o Perú.

Sin embargo, la novedad del momento es la consolidación de las redes internacionales de estas nuevas derechas y su inscripción en una auténtica “internacional reaccionaria” conformada por la CPAC y por una vasta red de think tanks, fundaciones, mecenas y partidos políticos con terminales en los Estados Unidos y Europa. Así, 2024 fue el año de su irradiación definitiva en la región, a caballo de las sucesivas cumbres realizadas en agosto en Ciudad de México y en diciembre en Buenos Aires, y del patrocinio explícito de Donald Trump a algunos de sus subalternos ideológicos preferidos. 

Por eso, este proceso no puede entenderse sin la exportación de la “grieta” estadounidense, que ha impulsado toda una serie de realineamientos en las derechas vernáculas de cara al fenómeno trumpista. El revisionismo histórico a lo MAGA o directamente la nostalgia colonial, el calco de una retórica rabiosamente antimigrante que paradójicamente se vuelve contra los propios países emisores de migración y la combinación esperpéntica de modelos económicos aperturistas y la invocación del proteccionismo trumpiano, dan cuenta de las contradicciones insolubles de la implantación del “anti-globalismo” y la agenda “anti-woke” en otros climas y otras geografías. Como sea, pese a la ilusión de homogeneidad que proyectan los miembros de la disfuncional familia conservadora, no caben dudas de que su articulación se ha fortalecido y de que su capacidad de respuesta y construcción de agendas comunes está hoy más aceitada que nunca.

El crecimiento de los factores armados y el recrudecer de la violencia

No sería exagerado definir el 2024 regional como un año ultraviolento. La multiplicación, crecimiento y expansión de los factores armados y de todo tipo de violencias no deja de constatarse a lo largo y ancho de la geografía continental. En casi todos lados la estatalidad y la comunitariedad languidecen en favor de la irrupción de la para-estatalidad, el narcotráfico y las soberanías fragmentadas, cuyos pedazos se reparten remanentes de instituciones democráticas, comunidades resistentes (barriales, campesinas, indígenas, afrodescendientes), grupos delincuenciales, formaciones paramilitares, cárteles de la droga, fuerzas militares extranjeras, ONGs internacionales, grupos confesionales, etcétera.

Algunos hitos de esta tendencia son, en Ecuador, la debacle securitaria, la extensión del sicariato, los motines carcelarios, la Consulta de Noboa del 21 de abril, el intento de modificar la Constitución para reinstalar bases militares extranjeras y la desaparición forzada de tres adolescentes y un niño por parte de las fuerzas armadas el 8 de diciembre. En Argentina, la popularización de la punitiva «Doctrina Chocobar» de la ministra Patricia Bullrich, el crecimiento de la violencia ciudadana y la ingente partida presupuestaria discrecional que el gobierno de Milei intentó destinar a los servicios de inteligencia, presuntamente para tareas de espionaje y represión interna.

En Perú, el visto bueno del Congreso para el ingreso de militares estadounidenses para “colaborar” con las fuerzas armadas y la policía local a partir del año entrante, así como la impunidad ante las masacres cometidas por el gobierno de Dina Boluarte. En Chile, la militarización rigurosa y permanente de la Araucanía y de las poblaciones indígenas mapuches, incluso bajo un gobierno como el de Gabriel Boric. En Paraguay, la cesión del control de la estratégica hidrovía Paraná-Paraguay al Cuerpo de Ingenieros del Ejército de los Estados Unidos. En El Salvador, la instalación del modelo de las “mega-cárceles”, el encarcelamiento masivo de más de mil personas cada 100 mil habitantes y la instauración de un “régimen de excepción permanente” que viola las garantías constitucionales y los derechos humanos del conjunto de los y las salvadoreñas. En Haití, la federación de grupos paramilitares que controlan ya más del 80 por ciento de la ciudad capital y sus alrededores y que amenazan con balcanizar y dominar todo el territorio nacional.

En lo que respecta a gobiernos progresistas que como el de México o Colombia rigen los destinos de naciones que han sido víctimas, durante décadas, de las políticas contrainsurgentes y de la mal llamada “guerra contra las drogas” (en rigor, una guerra contra las poblaciones), la permanencia del conflicto, de espacios de para-estatalidad, y el poderío sostenido de las economías ilícitas, demuestran la dificultad de subsanar, en los breves ciclos electorales, la extensión y profundidad de los ciclos de la guerra, en una geografía del conflicto que muta y se desplaza pero se resiste a ceder paso a una soberanía estatal o comunitaria efectiva.

Por último, y en toda la región, se multiplican las giras de la CIA y el Comando Sur, en la búsqueda de establecer un “área de exclusión” que deje por fuera del “patio trasero” estadounidense a jugadores globales como China y Rusia, así como se verifica la preeminencia de un lobby militarista israelí que continúa vendiendo software espía, armas y tecnología militar de punta pese a su creciente aislamiento internacional.

Tampoco la violencia sexual escapó a esta tendencia: durante el primer semestre del año se documentaron 2.128 feminicidios en 16 países de la región, resultando en una media de un feminicidio cada dos horas, en un promedio que supera al de de años anteriores.

El apático retorno de la CELAC y la fuerzas centrífugas de la geopolítica global

Una forma de medir los bríos relativos de un espacio de articulación y concertación es dar seguimiento a sus novedades más allá y más acá de la convocatoria rutinaria a reuniones, foros y cumbres. En el caso de la CELAC, apenas si tuvimos noticias del espacio más amplio y comprensivo de la integración regional desde la cumbre de marzo de este año (amén de algunos posicionamientos de rigor, como sucedió frente al asalto del gobierno ecuatoriano a la embajada mexicana en Quito). A la sorda protesta de los gobiernos conservadores y a los faltazos de sus líderes regionales en una cumbre que el ex presidente pro témpore Ralph Gonsalves definió como “mutuamente insatisfactoria”, se sumó una declaración final más bien laxa y el anunció de una serie de medidas concretas y discretas de las que no se ha dado mayor seguimiento público: mejorar la conectividad aérea, establecer un organismo sanitario regional y generar un marco para validar internacionalmente los títulos educativos. Nada se sabe sobre eventuales avances al respecto.

Como siempre, más estrecho geográficamente pero más dinámico y homogéneo políticamente ha sido el radio de acción de ALBA-TCP, el bloque integracionista que encabezan Venezuela, Cuba, Nicaragua y Bolivia, y que incluye también a varios países del Caribe insular. Este mismo mes, el espacio fundado por Hugo Chávez y Fidel Castro cumplió dos décadas de existencia, con un historial de avanzada en el campo del comercio, la educación, la salud y la energía, que sin embargo sufrió los embates de las crisis respectivas de Venezuela, Cuba y Bolivia. Al anunciado relanzamiento de la plataforma de cooperación energética PetroCaribe se suma ahora el proyecto AgroAlba, que según sus impulsores buscará “promover la soberanía alimentaria” y “producir alimentos orgánicos y sanos” para la región.

Sin embargo, no todo fue armonía y concertación en el amplio espectro de las izquierdas y los progresismos de la región durante el 2024. Dos hechos sacudieron este año la precaria unidad del espacio: las elecciones presidenciales de Venezuela del mes de julio, cuyos resultados oficiales fueron negados con animosidad por los gobiernos centristas de Gabriel Boric en Chile y Bernardo Arévalo en Guatemala, y resistidos con suspicacias y matices en el caso de sus homólogos de Colombia y sobre todo Brasil. Otro hito, para algunos una suerte de respuesta al primero, fue el veto de Lula da Silva y la Cancillería brasileña al esperado ingreso de Venezuela al bloque de los BRICS, que de este modo solo se abrió, en la región, a la participación de Cuba y Bolivia durante la 16° cumbre de Kazán, en Octubre. Acaso ningún acontecimiento señaló de manera tan nítida como las elecciones venezolanas y su veto explícito en los BRICS que los caminos de las izquierdas y los progresismos de la región dan señales de bifurcación que podrían llegar a un punto de no retorno. A las diferencias de modelos económicos, competencias por el liderazgo regional, concepciones de la democracia y el poder, asincronía de las diferentes “oleadas progresistas” y posicionamiento desigual frente al hegemón norteamericano, se suman las tendencias centrífugas de la geopolítica mundial, que fuerzan a una región incapaz de unificarse a tomar partido de manera aislada o por bloques por alguno de los bandos en pugna en la transición hegemónica en curso. La diferencia entre “izquierdas sociales”, “izquierdas políticas” e “izquierdas geopolíticas” no necesariamente llevará a que la región aproveche las oportunidades de la multipolaridad, pero si a que sufra todos sus avatares y peligros, sin importar cuáles sean los contenidos efectivos que a esta perspectiva se le de en Beijing, Moscú, Brasilia o Caracas.

Publican Orígenes y evolución del teatro en Mesoamérica de William Armijo

SAN SALVADOR, 31 de diciembre de 2024 (SIEP) Orígenes y evolución del teatro en Mesoamérica, publicado en España, es el nuevo libro de William Armijo, artista salvadoreño radicado en Francia desde 1978.

Armijo, fue uno de los pioneros en El Salvador de la canción protesta en la década de los años setenta, así como un distinguido alumno en la UES del maestro español Edmundo Barbero. Luego, en París, en la Universidad de la Sorbonne, obtuvo su maestría en estudios teatrales. Últimamente está dedicado al trabajo de cantante guitarrista.

Es precisamente la tesis que presentó para esta maestría la que se convirtió en libro, publicado en España por la Revista Vericuetos del colombiano Efer Arocha. Además la publicación de esta obra da inició al proyecto editorial de la Fundación Roberto Armijo.

La obra se divide en cuatro capítulos, el primero trata sobre la definición de Mesoamerica, lugar dónde nació un teatro; el segundo sobre los testimonios históricos que afirman los orígenes y evolución del teatro mesoamericano.

El tercer capítulo sobre las cusas que dieron origen a la estética del teatro mesoamericano y el último sobre la auténtica pieza El Rabinal Achi, rescate del teatro mesoamericano y conservación de las representaciones a la manera prehispánica. Armijo, originario de Chalatenango, es miembro fundador del recién creado Movimiento Cultural Salvadoreño “Prometeo Liberado.”

En serio, me gustaría creerles. Carlos Gregorio López Bernal. 27 de diciembre de 2024. LPG

Pensar este país en los últimos seis años se ha convertido en un reto para la racionalidad. Si nos lo tomamos muy en serio puede resultar insufrible. Y no es que sea muy diferente al que conocimos antes; al contrario, sigue siendo muy parecido. Solo que desde 2019 sufrimos un constante bombardeo en dos modalidades. En la primera pretenden convencernos, ¡como si fuera necesario! de lo mal que nos tenían los mismos de siempre. Si la mitad de lo que dicen fuera cierto mereceríamos un premio mundial al estoicismo y la capacidad de aguante y supervivencia. En la segunda, tratan de hacernos creer que vivimos en el mejor país imaginable. ¡El primer mundo nos queda pequeño! Tan bien andamos. Tan es así que en pleno trópico nos montaron una villa navideña al estilo nórdico, con pista de hielo incluida. Además, tenemos un centro histórico tan bien remodelado que algunos ya lo confunden con París. 

Por el contrario, hay quienes aseguran que nunca habíamos estado tan mal y que vamos para peor. Y no les faltan argumentos y ejemplos, algunos de ellos irrefutables, por ejemplo, el aumento de la deuda pública, que ya superó los 31,000 millones de dólares, más del 87.5% del PIB. Entre esas tres realidades mutuamente excluyentes cada uno toma la que quiere. Y lo más seguro es que la escogencia se hace sin criterios racionales, sin un análisis mínimo de pros y contras, sino por simple afinidad de pensamiento y filias o fobias políticas. Por eso estamos como estamos. Por eso campea entre nosotros la intolerancia y la descalificación a priori.

De las tres posibilidades señaladas, personalmente me gustaría creer en esa que pregona ruidosamente que estamos bien y que estaremos mejor. Que ha habido cambios y nos faltan muchos más, pero no podemos ir tan de prisa, pues los lastres del pasado son tantos. Que malgastamos doscientos años de vida independiente para darnos cuenta que todo ese tiempo nos engañaron. Que no hubo la tal independencia, que la guerra civil no se dio por profundos problemas estructurales, sino que fue un negocio de cúpulas de derecha e izquierda. Que los tales acuerdos de paz fueron solo un negocio pactado. Que la democracia nos llegó en 2019, y todo lo anterior fue una farsa. Que por primera vez gozamos de seguridad, etcétera. Creer tal narrativa, seguro que llena de satisfacción y optimismo.

En serio, me gustaría creerles, ¿por qué no? ¿Por qué insistir en ver el vaso medio vacío en vez de verlo medio lleno? Me gustaría creer, pero sin renunciar a pensar. 

Me gustaría creer que somos el país más seguro, aunque eso implique el dudoso honor de tener la tasa más alta de presidiarios a nivel mundial. Todo tiene su costo. Además, las pandillas hicieron tanto daño a las familias salvadoreñas. Lo aceptaría a condición de que se garantizara que en las cárceles no hay inocentes, o al menos que los acusados tendrán un juicio justo y no esa farsa de juicios colectivos. ¿Por qué? Porque un principio básico de la justicia —no de la venganza ni del populismo—, es la presunción de inocencia y, sobre todo, la individualización del delito. Me comprueban que soy culpable, porque queda absolutamente clara mi participación, a título individual en el cometimiento del ilícito y debo pagar. Así de sencillo.

Por último, si estamos tan seguros como dicen, ¿por qué mantener el régimen de excepción? Es un contra sentido, a menos que esté sirviendo para otros fines. En fin, me gustaría creer que estamos aplicando justicia y no venganza. Peor aún, que ese discurso de vindicta pública es solo una artimaña populista.

Me gustaría creer que las reformas institucionales y los recortes de personal son necesarias para modernizar y eficientizar el Estado y balancear el presupuesto. Es un argumento lógico. Necesitamos un Estado eficiente. Y para ello es necesario intervenir instituciones, eliminar algunas y reducir personal que no es indispensable. De acuerdo; sin embargo, desde hace años se propuso una nueva ley de servicio civil y no se retoma. Y hay evidencia suficiente de que se han despedido miles de empleados públicos solo para reemplazarlos con otros. Es decir, no se pretendía achicar el aparato burocrático, sino dar plazas a los activistas del partido en el poder.

Lo peor de todo, persisten los tremendos desbalances salariales. Un fotógrafo de la Asamblea Legislativa, cuyo único trabajo es promover la imagen de un diputado, gana más que un profesor o incluso que un médico. Y de eso el gobierno no dice nada. Creería que tiene sentido restringir gastos de Estado, sino hubiera tanto gasto superfluo que solo beneficia la imagen del gobernante. Y si desapareciera tanta restricción a la información pública.

En este punto, los dos lemas favoritos del gobierno se vuelven en su contra: ¡El dinero alcanza cuando nadie roba! A este gobierno no le alcanza la plata a pesar de que tiene los ingresos tributarios más altos y que ha elevado la deuda pública a límites extremos. Quien nada debe, nada teme, dicen. Entonces, ¿por qué no trasparentan la gestión pública? 

También me gustaría creer que la recuperación del centro histórico es buena para la gente. Reconozco que antes reinaba el desorden y había lugares inaccesibles e inseguros. Pero hay detalles del proceso que arruinan lo bueno que se ha hecho. Hacer ver a los vendedores informales como indeseables a los que hay que sacar de las calles, sin considerar que muchos estaban ahí simplemente porque no tenían opciones laborales. Además, los sacan sin darles ninguna opción y amenazándolos con aplicarles el régimen de excepción si se resisten. Cómo no criticar que incluso comercios formales establecidos de mucho tiempo han sido expulsados del centro para hacer espacio a grandes inversionistas, incluidos bitcoiners y familiares del grupo en el poder. Y además resulta que el salvadoreño promedio, ese de salario mínimo o poco más, solo puede ir al centro a ver, a tomarse una selfi, a «disfrutar» de espectáculos públicos pagados con sus impuestos, pero no puede consumir porque todo está fuera del alcance de su bolsillo.

Hoy resulta que productos tan populares como las pupusas y el café se han vuelto escasos; al menos en la versión popular y barata, que versión gourmet sí hay. Entonces, ¿para beneficio de quiénes han sido los cambios?

El centro ya no será un espacio popular, será una vitrina para turistas extranjeros y espacio de negocio para grandes inversionistas. Esa es otra forma de privatizar. Indigna ver a los agentes del CAM persiguiendo señoras que buscan vender algo para pasar el día, arrebatándoles sus ventas, o espantando mendigos y borrachitos, simplemente porque empañan la imagen del lugar de las apariencias. Sí, de apariencias, porque basta caminar un par de cuadras hacia el sur o el oriente de la plaza Libertad y aparece ese San Salvador que esconden.

Lo que está pasando en el centro histórico puede ser un indicio de lo que acontece en el país. Que las cosas han cambiado es innegable; que eso sea bueno para la gente es discutible.

Es evidente que a algunos les está yendo muy bien, demasiado bien quizá. Muchos otros viven todavía con el encantamiento de la seguridad, o la satisfacción malsana de que sacaron del poder a los mismos de siempre. Hay renegados y oportunistas que traicionaron sus antiguas ideas a cambio de algo y medran lo que alcanzan. Pero, la pobreza y la marginación persiste y ha aumentado. Según el Banco Mundial en 2023 la economía creció hasta un 3.5%, pero la pobreza aumentó del 26,8 % en 2019, al 30,3 % en 2023. Además, el 10 % de la población vive hoy en la pobreza extrema, en comparación con poco más del 5 % en 2019.

Sobre todo, ha aumentado la estigmatización de ciertos grupos. Se pregona como un éxito que se ha capturado a más de setenta mil supuestos pandilleros. ¿Qué pasará con sus hijos? Crecerán en la pobreza y cargando una maldición de la cual no son responsables. Eso mismo se hizo con los huérfanos de la guerra y los deportados. Entonces estábamos obnubilados con el fin de la guerra y no vimos el problema que se gestaba. Lo mismo podría pasarnos hoy con la celebración de la seguridad y el fin de las pandillas. Me gustaría creer que vamos bien, en serio. 

Pero mientras no se resuelvan o se aclaren problemas como los señalados, no me lo creo. Sí creo que a algunos les está yendo muy bien, tanto que no resisten la tentación de exhibirlo, a veces de formas ridículas y ostentosas. Aún no se dan cuenta de que ser rico es también cuestión de estilo. Y no lo tienen. Como bien diría Carreño, les falta tacto social, «el más alto y más sublime grado de cortesanía, pues él supone un gran fondo de dignidad, discreción y delicadeza».

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Crean el Movimiento Cultural Salvadoreño “Prometeo Liberado.”

SAN SALVADOR, 30 de diciembre de 2024 (SIEP) Un grupo de hombres y mujeres vinculados al quehacer cultural, decidieron esta mañana en el icónico Café Don Pedro de esta capital, fundar el Movimiento Cultural Salvadoreño “Prometeo Liberado.”

Las palabras introductorias fueron pronunciadas por el poeta Guillermo Campos, quien agradeció la presencia de los asistentes y explicó que este nuevo proyecto obedece a la necesidad histórica de fortalecer nuestra identidad cultural.

Entre los participantes se encontraban Ivis Barrera, Guillermo Campos, William Armijo,  Álvaro Sermeño. Ismael Cañas, Salvador Molina, Víctor Regalado, René Rodríguez y su esposa Monika Vyslouzil, Dimas Castellón, Roberto Pineda, y Francisco Rivas. Por diversas razones, no pudieron asistir Nora Vanegas, William Martínez, Eduardo Salvador Cárcamo y Donald Paz.  

El escritor Roberto Pineda  dio lectura al Manifiesto de fundación, que en su párrafo inicial plantea que “Nos declaramos, hombres y mujeres herederos y continuadores de la cultura universal, así como de las tradiciones culturales y de la producción artística, que a lo largo de los siglos, han moldeado la identidad salvadoreña.”

El Manifiesto rinde tributo “ a la patria exacta de Pipo, las historias prohibidas  de Roque, los pinceles de Camilo, la tierra de infancia de Claudia, los amores de loca de la Prudencia.”

De la misma manera a “los ritmos apasionados de la Morena, los cuentos de barro de Salarrué, las jícaras tristes de Alfredo, las predicas liberadoras de Monseñor, la segura mano de Dios de Sol del río 32, El planeta de los cerdos de Tamba y La hierba se movía del Chiri.”

Concluye el Manifiesto con el llamado siguiente: “Es por lo tanto desde estas raíces, desde estos caminos, desde estos horizontes, que proclamamos nuestra voluntad de invocar el espíritu rebelde de Prometeo, para  encender el fuego de la fiesta y la alegría en nuestra patria.

Los asistentes tomaron como acuerdos fortalecer esta nueva iniciativa cultural, enriquecer el Manifiesto con nuevos nombres, construir una página digital para divulgar sus actividades, acompañar la presentación de Fotografías de René Rodríguez,  en el Ateneo salvadoreño el 23 de enero y se auto convocaron para reunirse el próximo sábado 25 de enero en el cafetín del Parque Cuscatlán.

Entregan reconocimiento en PDDH a escritores salvadoreños de literatura infantil

SAN SALVADOR, 10 de diciembre de 2024 (SIEP) “Como Biblioteca de la Procuraduría para la Defensa de los Derechos Humanos, es un gran honor para mi entregar estos reconocimientos…” expreso la Licda. Blanca Ramírez en las celebraciones del 31 aniversario de esta biblioteca institucional, especializada en derechos humanos.

Explicó la Licda. Ramírez que una de las principales actividades de esta Biblioteca es la de fomentar el habito de la lectura en la niñez, para lo cual visitan los doce meses del año escuelas y comunidades en los catorce departamentos del país.

En la actividad se entregaron reconocimientos a cuatro escritores, a Manlio Argueta por su obra La piedra mágica de la chinchintora, a William Martínez por su novela Los colores de la infancia, a Mario Pleitez por sus Breves cuentos de fantasía y como invitado especial se contó con la presencia del niño Lucas Mazariego, quien habló sobre su Mi primer gran libro de Astrononía.

La actividad fue inaugurada por el Director de la Escuela de Derechos Humanos, Mtro. Miguel Alfonso Muñoz Reyna y contó con la moderación de Daniel Mira y Roberto Pineda.